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05 juin 2026

BULLETIN INTERNE DE L'INSTITUT PASTEUR

Institut Pasteur
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Musée

Quand l'art s'invite au laboratoire : trois ans de dialogue entre l'Institut Pasteur et l’École nationale supérieure des arts décoratifs

Depuis 2024, l'Institut Pasteur et L'École nationale supérieure des arts décoratifs (ENSAD) unissent leurs univers dans le cadre d'un partenariat pédagogique original, organisé par Claire Pujol et Nicolas Dray, avec la participation de l’ANR PasteurEduc. Retour sur ce partenariat, à la croisée des sciences et de la création artistique.
 
L'École nationale supérieure des arts décoratifs 

Fondée en 1766, l'École nationale supérieure des arts décoratifs (ENSAD) est l'une des plus prestigieuses écoles d'art et de design en France. Établissement public rattaché au ministère de la Culture et membre de l'université PSL, elle forme chaque année des créateurs dans dix secteurs de spécialité : architecture intérieure, art espace, cinéma d'animation, design graphique, design objet, design textile et matière, design vêtement, image imprimée, photo et vidéo, et scénographie.

Pour suivre les projets de l’ENSAD : @ecoleartsdecoparis  @designgraphique_ecoleartsdeco
 
Le partenariat 

Trois classes d’étudiants de 2e année en Design Graphique, encadrés par les professeurs Jean-François Fourmond et Christian Rondet, tous les deux photographes, ont échangés avec des scientifiques de l'institut pour y trouver une source d'inspiration artistique.

Côté science, ce sont les chercheurs Claire Pujol, qui s’intéresse aux dysfonctionnements mitochondriaux dans les maladies neurogénétiques, et Nicolas Dray, chercheur sur les cellules souches neurales, qui ont organisé les visites et les rencontres entre les étudiants et divers laboratoires. 

Cette année, ils étaient accompagnés de membres de l’unité Yersinia : Christian Demeure, Guillem Mas Fiol et Josue Barquero-Chavarria. Roxane Simeone a ensuite présenté ses recherches sur la tuberculose, avant que Malika Serra Hassoun et Timothée Bruel ne partagent leurs travaux sur le paludisme et la Covid-19. La journée a consisté en une immersion au sein des laboratoires : prises de notes, photographies, enregistrements sonores, exploration des archives d'imagerie scientifique, suivis d’échanges entre les étudiants de l’ENSAD et les chercheurs de l’Institut Pasteur, au gré des besoins de chaque projet. Les œuvres qui en résultent témoignent de la richesse de ces rencontres. 

En 2024, certains étudiants se sont interrogés sur la fascination et la frustration ressenties face aux machines de laboratoire. D'autres ont constitué un inventaire poétique de détails, une main, une chevelure, un outil, pour révéler la poésie insoupçonnée du quotidien scientifique. D'autres encore ont enterré des pellicules photographiques dans différents liquides, mimant les protocoles de culture des neurones étudiés dans le laboratoire de Claire Pujol, ou se sont approprié les codes de l'imagerie microscopique pour en proposer une réinterprétation. Certains ont exploré les jeux d'échelle et de paréidolie, transformant des images de tiques ou de moustiques en paysages organiques abstraits, tandis que d'autres ont engagé un dialogue avec Nicolas Dray autour du vocabulaire scientifique, traduit en images grand format aux encres quadrichromiques. Les étudiants ont été accompagnés par Stéphane Frémont, Elisabeth Labruyère, Nassim Mahtal, Adeline Mallet, Esthel Penard, Lesly Raulin, Christine Shmitt et Thomas Treport. 
 

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« L’art et la science sont deux démarches distinctes mais complémentaires, qui nous permettent ensemble de mieux questionner et apprécier le monde. »
Nicolas Dray, chercheur CNRS dans l'unité Neurogénétique du poisson zèbre, Institut Pasteur
 

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« When Chuck Norris looks at a painting, it immediately becomes a masterpiece. »
Claire Pujol, chargée de recherche CNRS dans l’unité Biologie mitochondriale, Institut Pasteur
 
 

Les restitutions 

À chaque fin de projet, tous les chercheurs sont conviés à l'ENSAD pour découvrir les travaux des étudiants lors d'une restitution commune qui se présente sous la forme d’une exposition ; un moment d'échange rare où les regards croisés font avancer à la fois la réflexion scientifique et la démarche artistique. 

  • 2023

Les projets en 2023, dont la restitution a eu lieu au début de l’année 2024, se sont majoritairement concentrés sur la photographie minimaliste. 

Consultez les projets

Participants : Margaux Criado, Kateryna Demianenko, Nina Dieutre-Jovovic, Defne Elver, Jeanne Gaillard, Meryl Holder, Alaïa Janot, Patricia Mejasson-Rivero, Margerie Moussa, Kiliz Roques, Pauline Rouze, Marion Venot et Camille Vernhes-Chazeau.

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  • 2024

Les projets du 2e semestre 2024 étaient davantage ouvert sur la photographie et le design graphique. 
Participants : Diego Alvarez, Adrienne Caye, Emma Crave, Marina Dauriac, Kateryna Demianenko, Elisa Devay, Yasemin Erten, Cecile Flesselles, Aika Fuchida, Maelle Gillet, Julia Krawczyk, Milena Mnatsakanian, Ana Rocha et Lea Terki.

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  • 2025

Enfin, les projets de 2025 ont exploré l’image sous tous ses médiums : photographie, vidéo, impression et dessin.
Participants : Maren Appel, Capobianco Chiara, Akram Chikhi, Julia Hent, Titem Isker, Marko Jecmenica, Krivickas Motiejus, Angelika Papademetri, Ahloe Roumanie et Wei-Jhu Tseng.

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Témoignage d’Ana Rocha, étudiante à l’ENSAD 

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Ana a participé à cet échange art et science lors de l'année universitaire 2024-2025. Aujourd'hui en stage au musée Pasteur de mars à septembre 2026, elle revient sur cette expérience qui a transformé sa vision de la science et de son propre processus créatif.
 
Comment s’est déroulée ta première visite à l’Institut Pasteur ?
Ma première visite à l’Institut Pasteur a été très riche. J’ai commencé par une présentation dans l’auditorium du bâtiment Duclaux, puis nous avons visité le laboratoire de Claire Pujol et de ses collaborateurs. Nous avons ensuite découvert d’autres laboratoires, notamment ceux dotés de grands microscopes électroniques. Cette visite m’a permis de découvrir un univers que je ne connaissais pas du tout. Nous menons des vies tellement différentes ! Les chercheurs travaillent en permanence avec des cellules vivantes, qu’ils doivent entretenir et surveiller constamment. Ils évoluent aussi dans l’urgence des découvertes. Ma partie préférée a vraiment été la visite des grands microscopes : on nous a expliqué, par exemple, que leur installation nécessite une base très solide pour éviter toute vibration et obtenir des prises de vues microscopiques précises. Après cette journée, je suis très reconnaissante de leur assiduité et de leur patience. J’ai pu me rendre compte à quel point c’est un travail minutieux, très différent de ce dont j’ai l’habitude.
 
Est-ce que tu avais une idée de projet en tête avant la visite ?
Non, je ne connaissais pas du tout le programme à l’avance. Je croyais même que nous ne pourrions pas accéder aux laboratoires. Finalement, c’était vraiment super de pouvoir les visiter, discuter directement avec les chercheurs, et même faire des photos librement dans les labos ! C’est seulement après la visite que j’ai choisi le laboratoire du VIH, parce que j’avais envie de travailler sur un projet scientifique qui a aussi un impact dans la société. J’avais également l’idée d’aborder une question un peu marginale, l’homosexualité.
 
Avec quels scientifiques as-tu travaillé ? Comment s’est déroulé ce partenariat avec le chercheur ou la chercheuse ?
Avec mon groupe thématique sur le VIH, nous avons travaillé avec Stéphane Frémont. Il ne pouvait pas nous emmener dans le laboratoire où se fait la séparation cellulaire, alors il nous a expliqué tout cela à l’aide de diapos, et nous avons pu lui poser toutes les questions que nous voulions. Visuellement, nous avons vu des choses assez "artistiques" dans son travail, alors que lui ne les avait jamais vues sous cet angle, bien qu’il voie ce genre d’images tous les jours. Il y a eu un vrai échange enrichissant entre nous. Nous avons pu le rencontrer deux fois à l’institut, puis nous avons aussi échangé par mail.
 
Que retiens-tu de ce projet ?
C’était drôle et intéressant de voir les scientifiques redécouvrir leurs propres images de laboratoire sous des formes très différentes. Nous sommes une classe de design graphique, donc la plupart des rendus étaient imprimés, mais nous avons aussi réalisé des sculptures, des projections, des impressions sur verre, des livrets pour valoriser l’imagerie scientifique comme une œuvre d’art, ainsi que des collages et des modifications des couleurs sur les photos. Cela nous a aussi permis d’expliquer notre propre démarche en tant que graphistes, et il y a vraiment eu une curiosité mutuelle : nous leur posions beaucoup de questions sur leur métier et ils en posaient aussi sur le nôtre. C’était d’une grande richesse, et j’aimerais vraiment renouveler ce genre de projet à l’avenir.

 

 

Ce partenariat démontre comment deux pratiques souvent présentées comme opposées, l'une ancrée dans la rigueur, l'autre dans la liberté de la création, peuvent s'enrichir mutuellement. Les chercheurs y gagnent un regard neuf sur leurs propres travaux. Les étudiants y trouvent une source d’inspiration et matière à créer.  Enfin, l'Institut Pasteur, fidèle à sa vocation d'ouverture, y confirme que la science se raconte aussi par d'autres langages.

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