
Musée
Camille Lataste-Dorolle : première femme nommée cheffe de laboratoire
À l’occasion des 25 ans de sa disparition, le musée souhaite mettre en avant le parcours trop peu connu de Camille Lataste-Dorolle (1905-2001), pharmacienne, microbiologiste et chercheuse à l’Institut Pasteur.

Une vocation née entre Dax et l'Asie
Née à Dax dans les Landes, fille d'un professeur des écoles, Camille Lataste obtient son baccalauréat à Hanoï en 1923. Elle revient en France pour ses études et devient diplômée d'État en pharmacie à Paris en 1929. Très vite, sa passion pour l'infiniment petit l'oriente vers l'Institut Pasteur où elle suit le « Grand Cours » de microbiologie. Sa soif de connaissances la pousse à se spécialiser également en parasitologie, mycologie et hématologie.
L'épopée indochinoise : de la paillasse au terrain
Dès 1930, elle retourne en Indochine, une terre qui lui est chère. À Hanoï, elle prend la tête à seulement 25 ans du laboratoire du BCG et de la vaccine, travaillant sur l'adaptation des vaccins aux populations locales. Elle devient ainsi la première femme nommée cheffe de laboratoire. C’est là qu'elle côtoie Alexandre Yersin, le découvreur du bacille de la peste.
Son activité à Saïgon, entre 1934 et 1950, est riche et variée :
- Elle dirige des recherches biochimiques sur la valeur nutritionnelle des aliments en Asie du Sud-Est.
- Elle lutte contre les fraudes alimentaires et met en place des normes de salubrité.
- Elle organise la surveillance des eaux potables en Cochinchine pour prévenir les maladies hydriques.

Chercheuse engagée pendant la Seconde Guerre mondiale
En 1945, elle est emprisonnée par les forces japonaises dans un camp à Hué. Dans des conditions précaires, elle monte un laboratoire de fortune pour fabriquer des vaccins avec Pierre Dorolle, qu'elle épousera en 1946. Elle fait preuve d'un courage exceptionnel en exigeant que ces soins profitent également aux prisonniers du camp, au péril de sa vie. Cette abnégation lui vaudra plus tard la Légion d'honneur.
De Genève au sommet de la recherche sur les Leptospires
Entre 1950 et 1960, elle explore à Genève la biophysique et la conservation des aliments par irradiation avant de prendre la direction du laboratoire des Leptospires à l’Institut Pasteur de Paris en 1961. Ses travaux font autorité dans le monde entier, aboutissant notamment à la mise au point d’un vaccin essentiel pour la protection des égoutiers de Paris.

Un engagement qui dépasse le laboratoire
Elle s'investit à partir de 1971 auprès de l'UNESCO pour défendre les droits des femmes, des enfants et les questions de bioéthique.
Pour en savoir plus :
Notice biographique sur le site du CeRIS
Sandra Legout, Les femmes pasteuriennes : de la cuisine à la paillasse, 10 septembre 2011