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Appel à candidatures - Chaire scientifique Charles Nicolle avec l’Institut Pasteur de Tunis
Vous avez une thématique d’intérêt commun avec l’Institut Pasteur de Tunis ? La Chaire scientifique Charles Nicolle vous offre l’opportunité d’accueillir un(e) jeune chercheur(se) au sein de votre laboratoire.
L’appel est en cours jusqu’au 17 avril 2026 et s’ouvre à de multiples thématiques.
Pour mieux comprendre comment se déroule ce programme, découvrez le retour d’expérience de la première lauréate et de l’unité accueillante Lyssavirus, épidémiologie et neuropathologie du Pr. Hervé Bourhy au cours de ces cinq derniers mois.
Première lauréate de la Chaire scientifique Charles Nicolle | Pour chaque vie, la science agit, Dr. Maryem Djebali été accueillie à l’Institut Pasteur à Paris au sein du laboratoire Lyssavirus, épidémiologie et neuropathologie, Centre National de Référence de la Rage, Centre Collaborateur de l’OMS et membre du consortium des laboratoires de référence en Santé Publique de l'Union européenne pour les pathogènes viraux émergents, transmis par les rongeurs et zoonotiques.
Elle a été encadrée par la Dr. Perrine Parize, directrice adjointe du CNR Rage, sur les aspects cliniques et le montage de l’enquête de terrain, la Dr. Katherine Worsley-Tonks, post-doctorante au sein de l’unité, sur la cartographie et la phylogénie et le Dr. Said Mougari, directeur adjoint du CNR Rage, sur la formation diagnostic.
Retour sur cette première expérience avec les interviews de Maryem Djebali, Katherine Worsley-Tonks, Hervé Bourhy et Said Mougari.
Maryem, dans quel contexte avez-vous postulé à cette bourse ?
« En tant que vétérinaire de formation, c’était une opportunité très concrète d’être accueillie dans un CNR rage de santé humaine et de contribuer à un enjeu de santé publique toujours d’actualité. Car malgré les avancées scientifiques, la rage reste une maladie grave et évitable, responsable de près de 60 000 décès humains chaque année dans le monde, principalement à la suite de morsures de chiens infectés.
En Tunisie, où je travaille, la rage est endémique. Le pays, situé au carrefour de l’Afrique du Nord, partage des frontières avec l’Algérie et la Libye, et la circulation du virus varie selon les années. Le chien reste le principal réservoir de la maladie, représentant plus de 60 % des cas de rage animale. En 2024, une recrudescence a été observée, avec dix cas humains, rappelant l’urgence de la prévention et la surveillance.
Dans ce contexte et malgré les mesures mises en place, il y a une nécessité d’élargir nos connaissances scientifiques sur cette thématique à un niveau international. Et c'est dans ce contexte que je me suis tournée vers le laboratoire Lyssavirus, épidémiologie et neuropathologie de l'Institut Pasteur (Paris), centre collaborateur de l’OMS pour la rage. »
Maryem Djebali
Du point de vue de votre laboratoire, comment ce projet s’est-il construit avec l’Institut Pasteur de Tunis dans le cadre de la bourse ?
« Nous collaborions déjà depuis longtemps avec l’Institut Pasteur de Tunis (IPT), mais de manière plutôt ponctuelle, au gré des rencontres scientifiques ou des réunions internationales, sans cadre formalisé ni échanges réguliers de personnels. Cette bourse a représenté une opportunité de structurer ce partenariat.
La mise en place de ce projet a justement joué un rôle de déclencheur : elle nous a obligés à nous poser collectivement, à engager plusieurs réunions préparatoires et à formaliser, avec nos partenaires de l’IPT, des thématiques communes prioritaires. »
Hervé Bourhy
« Le projet s’est construit de manière très collaborative et évolutive. Nous avons identifié plusieurs axes possibles, puis les avons redéfinis au fil des échanges, en tenant compte des contraintes de calendrier — notamment la durée du stage — et des compétences mobilisables de part et d’autre. Toute l’équipe du laboratoire a été impliquée : chacun a apporté son expertise, qu’il s’agisse des aspects cliniques et d’enquête, de la formation diagnostique ou encore de l’analyse plus transversale et spatiale des données. Cette dynamique collective a été l’un des points forts du projet. »
Said Mougari
Maryem, quel est votre retour sur ces 5 mois de présence sur le campus et qu’en retirez-vous ?
« Cette bourse m’a offert bien plus qu’un cadre de stage. Elle m’a permis de travailler au sein d’un centre national de référence (CNR) de l’Institut Pasteur, de renforcer mes connaissances en participant au cours Emerging Viruses dispensé par la direction de l’enseignement, de travailler sur des plateformes technologiques différentes, de découvrir de nouvelles expertises, d’autres façons de penser la recherche et la santé publique, et de confronter mes réalités de terrain avec celles de l’unité. Plus généralement, ce stage m’a permis d’enrichir ma propre approche scientifique.
Au-delà des résultats scientifiques, cette expérience a renforcé une conviction profonde : face à des maladies sans frontière comme la rage, les réponses ne peuvent être que collectives et internationales. À travers cette bourse, j’ai pu vivre concrètement ce que signifie la collaboration : un espace de partage, de transmission et de confiance, où l’héritage scientifique nourrit l’innovation et les partenariats de demain. Cette collaboration a pris tout son sens compte tenu de l’objectif de l’OMS d’éradiquer la rage d’ici 2030. J’aspire donc à ce que notre collaboration s’inscrive dans le temps. »
Maryem Djebali
« La disponibilité de trois membres de l’équipe a permis une meilleure intégration de Maryem aux activités du laboratoire. De plus, il était important de lui faire découvrir un éventail d’expertises multiples afin de lui proposer une vision globale de la recherche sur la rage. Pour Maryem, j’espère que ce stage lui a permis de découvrir différentes thématiques qui l’aideront à se spécialiser plus tard en fonction de ses appétences. »
Said Mougari
Qu’est-ce que vous a apporté d’accueillir une chercheuse de l’IPT ?
« Après des années de collaborations ponctuelles avec l’Institut Pasteur de Tunis, la Chaire Charles Nicolle a permis de cristalliser des synergies autour d’une thématique commune : la rage. Ce partenariat a été bénéfique pour nos deux institutions. Cela n’aurait pas été aussi fructueux sans une préparation solide en amont : choisir plusieurs approches afin de s’adapter au mieux et de s’inscrire dans le temps. »
Hervé Bourhy
« Au-delà du renforcement des compétences d’une nouvelle collaboratrice à l’Institut Pasteur de Tunis en virologie et en approche One Health, cette bourse a été une opportunité d’apprentissage mutuel avec l’accès à une vision plus terrain. En tant que Centre collaborateur de l’OMS, le laboratoire d’accueil a pu mieux appréhender les réalités épidémiologiques tunisiennes, les contraintes de terrain et dans la continuité, les enseignements issus des enquêtes menées localement. Ces échanges enrichissent également la compréhension des dynamiques régionales, notamment en Afrique du Nord. Cette bourse a également permis de poser les bases d’un partenariat durable, avec des perspectives concrètes de poursuite des travaux, de publications communes et de nouveaux projets. C’est précisément ce qui est, à nos yeux, tout l’intérêt : un véritable levier pour initier et renforcer des collaborations avec l’Institut Pasteur de Tunis, au-delà du cadre temporel du stage lui-même. »
Katherine Worsley-Tonks
Plus d’informations sur la Chaire Charles Nicolle

De gauche à droite : Florence Larrous, Mustapha Abid, Perrine Parize, Emilia Cartier, Capucine Schoen, Odette Tomescu-Hatto, Samia Menif, Thierry Lang, Sema Dhia Khaled, Maryem Djebali, Hervé Bourhy, Said Mougari, Anna-Mari Le Gal, Nizar Chakroun





